mercredi 27 mai 2020

55 jours

jeudi 23 avril 2020

Androgyne


Dans les yeux de Marion se reflète la courbe des lèvres de Fanny
qui sourit à Frédéric, ébloui derrière ses lunettes, par le soleil de midi. Leur discussion s’anime autour d’un café,
en plein cœur de Paris, à la terrasse du Bistrot Étoilé.
Fanny porte des chaussures à talon rouge qu’elle a achetées mercredi,
elles brillent, elle en est fière, elle est ravie.
Marion porte une cravate verte de son grand père,
souvenir émouvant, elle la lui avait offerte à son dernier anniversaire.
Quand à Frédéric, il n’a pas osé sortir sa robe bleu ciel d’été, elle est trop légère,
il préfère attendre que les températures soient printanières, et n’est-elle pas un peu vulgaire ?
Les cheveux au vent, Fanny effleure la barbe naissante de Marion en commandant une pinte.
Le collier de Frédéric fait toujours son effet, en perles de Corinthe.
Son maquillage du jour : rimmel discret, rouge carmin sur ses lèvres, fard à paupières bleu Klein.
Fanny lui emprunte ses boucles d’oreilles, elles s’accordent bien avec son teint !
Marion, elle, se grime sur place avec la mousse de la bière en guise de moustache.
Ces apparats les amusent, un jeu de cache cache ?
Ils, elles, évoluant dans le flou, l’évanescence, l’esprit parfois nébuleux,
un état complexe mais riche de possibilités, en dehors des cases, un entre-deux.
Moitié moitié, ni l’un ni l’autre, être ce que l’on a envie d’être sans fin.
Ressentir, vivre en étant soi même, visible, libre enfin.



















dimanche 29 mars 2020

Le baiser Viennois


J'étais en voyage à Vienne en hiver, fin décembre, une envie depuis longtemps.
Les façades nappées d'une ambiance impériale, le doux bruit des calèches, la magnificence des églises où s'arrête le temps.
L'amertume des bières, emplies des bulles mélodieuses où s'emmêlent Mozart, Mahler et Strauss dans une puissante symphonie.
Ces lumières romantiques, les odeurs des pâtisseries dans les vitrines des cafés Viennois cosy.
La délicatesse des oeuvres de grands maitres s'impose majestueusement dans de nobles musées.
Succulentes la Wiener Schnitzel, la Sachertote, le Kaiserschmarn...tant de délices pour nos papilles aiguisées.
Et puis un matin...devant moi, le tableau du célèbre peintre autrichien.
Je t'ai embrassée dans la longue file d'attente; on était bien.
Le baiser de Gustav Klimt, au palais du Belvédère, chef d'oeuvre baroque; réalité ou décor ?
Une toile parsemée de feuilles d'or.
Impressionnées par tout ces selfies,
comme devant la Joconde à Paris,
Une photo qui finira en fond d'écran d'ordinateur,
Alors que l'oeuvre n'attend que des regards émus et rêveurs.
Ce couple enlacé, doré, coloré, ne fait qu'un.
J'aime regarder les gens s'embrasser, j'aime les baisers, j'aime les tiens.
Deux corps unis, corps à deux têtes.
Des duos, des contacts, de la chaleur humaine en fête.
La valse enivrante du Beau Danube bleu,
accompagne ces deux personnages amoureux sous mes yeux.
C'est étrange; j'ai terminé cette série au moment ou l'on nous interdit de nous embrasser.
Ne plus se toucher, ne plus s'effleurer.
1 mètre...plus de baisers familiaux et amicaux, plus de baisers tout court.
Il ne reste que le baiser des amoureux, le baiser de Klimt, étincelant de précieux atours.
Une chance d'être à deux, continuer à se rassurer, dans tes bras,
se sentir plus forte que tout, que le virus, que ce désarroi.